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page 1 : couverture Photo Madame VERSIER tutrice de chiens-guides
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Chers Amis
C'est avec une certaine émotion que j'ouvre ce journal que d'événements au cours de l'année 1984; après la disparition brutale de notre directeur Monsieur Gérard PENNEQUIN en juin dernier, c'est Monsieur André BAELDE qui nous a quitté en novembre.
Beaucoup d'entre vous et surtout les non-voyants les connaissaient et les estimaient, comme nous les estimions nous-mêmes pour leur contact chaleureux et leur sensibilité.
Cependant le CLUB DES FLANDRES doit continuer à former des chiens-guides et poursuivre son action auprès des non-voyants. Depuis novembre 1984 un nouveau directeur a pris en mains les rênes du club, un jeune a été engagé pour assumer les travaux d'entretien dont était chargé Monsieur BAELDE.
Dans quelques temps nous dirons également au revoir à Madame Solange BAELDE qui, très affectée moralement, a émis le désir de se retirer en souhaitant que ses remplaçants aient la même conception de l'accueil et de l'hospitalité pour nos amis les non-voyants.
Nous y veillerons afin que cette grande famille que nous formons ensemble continue dans une direction qui a toujours été celle de l'union heureuse du non-voyant et de son chien-guide.
Monsieur TIRLEMONT
Chers Amis,
Comme chaque année de très nombreuses personnes m'ont adressé leurs
témoignages de sympathie tout en se préoccupant de l'état
de santé de mon mari.
Sur ce point il ne faut pas, hélas, prévoir une amélioration
et moins encore une guérison. Néanmoins, c'est toujours pour
lui un grand réconfort moral lorsque je l'informe, lors de mes visites
journalières, du contenu du courrier.
D'autre part, la bonne marche du club, la visite d'amis voyants ou non-voyants sont également une source de joie et de bonheur. Je tiens donc à remercier les personnes qui, de loin ou de près contribuent à apporter au club une aide morale ou matérielle et je souhaite de tout coeur que celui-ci demeure ce qu'il a toujours été, c'est-à-dire le premier CLUB DE CHIENS-GUIDES D'AVEUGLES de France.
P. & M. CORTEVILLE
Cette fois-ci c'est Madame VERSIER Nicole, de Fretin, que nous avons mis à l'honneur en première page, avec deux chiennes qu'elle élève pour le club de Wasquehal, VANIC et VIRKA.
En octobre 1982, Madame VERSIER a commencé par élever TINA, berger allemand qui fut remis ensuite à Madame CLOLUS de Roubaix ; en juin 1983 c'est UNIQUE qui l'a remplacée, labrador noire attribuée récemment à M. POTDEVIN de Boulogne-sur-Mer, et dont nous parlons assez longuement dans ce numéro 20.
Les deux futures pensionnaires du club, qui sont actuellement chez Madame VERSIER sont celles qui figurent en photo VANIC est une berger allemand, et VIRKA, une douce et blanche labrador...
Outre nos futures élèves, Monsieur et Madame VERSIER possèdent aussi un berger briard, ils ont fait récemment l'acquisition d'une chèvre, et tout ce monde évolue parmi les chats, et la volaille de la basse-cour...
Lors de notre visite nous nous sommes inquiétés du travail supplémentaire que devaient lui donner nos chiennes, mais la maîtresse de maison a poussé de grands cris : "Si j'avais plus de temps, j'irais même à Wasquehal pour m'occuper de mes chiennes sur place !".
Nous avons perçu dans cette famille un courant de sincérité les
uns envers les autres, le désir de faire "quelque chose"...
Madame VERSIER avait amené "mémé" dans la salle à manger, afin qu'elle participe à notre conversation ; les enfants quant à eux, passaient de temps en temps la tête mais surtout écoutaient pour savoir si nous allions bientôt reprendre VIRKA ! "Ce sera encore des pleurs, nous dit Madame VERSIER, mais nous en reprendrons une tout de suite, et puis nous continuerons à la suivre avec son maître non voyant !
Quant à Monsieur VERSIER, il déplore l'état de son jardin mais avec le sourire nous raconte que tous les ans il plante et prévoit sa pelouse : rien ne sort car il arrive toujours une future élève pour tout réduire à néant...
Leur préoccupation actuelle est de savoir s'ils auront une chienne pour partir en vacances ; pas question en effet de laisser un animal chez eux : "Lorsque nous partons (à deux voitures naturellement !) nous ne passons pas inaperçus aux arrêts, et en plus, cette année nous emmenons la chèvre, alors "...
Connaissant votre modestie, vous n'aimerez certainement pas, Monsieur et Madame VERSIER, que nous ayons profité de ce bulletin pour vous remercier des services que vous nous rendez et par conséquent aux non-voyants qui reçoivent un chien-guide, mais nous pensons que vous le méritez amplement. Encore bravo
Dans notre bulletin semestriel de mai 1984 nous avions évoqué le problème des démarcheurs qui sillonnaient différentes régions en offrant divers articles en se référant de notre CLUB.
En dépit de cet article, de ceux que nous avons fait publier dans les journaux locaux, de nos interventions auprès des radios locales, certains de nos membres ont encore versé des fonds à des quêteurs, persuadés qu'ils agissaient en faveur de notre Association.
La FÉDÉRATION NATIONALE DES ÉCOLES ET CLUBS DE CHIENS-GUIDES D'AVEUGLES a été saisie de ce problème, nous rappelons cependant une fois encore que le CLUB DES FLANDRES n'organise aucune quête sur la voie publique ni ne pratique la vente d'objets quelconques en porte à porte et nous souhaitons que cette nouvelle information soit diffusée au maximum de personnes.
Nous vous remercions de bien vouloir agir dans ce sens.
Monsieur BARLOY Jacques est le père d'une gentille petite Christelle âgée de 2 ans et demi, celle-ci est devenue l'amie de GORDON qu'elle rejoint très souvent dans son panier. Madame BARLOY l'a d'ailleurs photographiée dernièrement alors qu'elle était occupée à nourrir son "ami"... avec une cuillère à café !
D'autre part GORDON conduit chaque jour Jacques au travail, dix minutes environ à pied et pratiquement autant en chemin de fer. Lors d'une récente grève à la S.N.C.F. Monsieur BARLOY a dû emprunter un autre moyen de locomotion... sans GORDON, il était désemparé nous a-t-il confié.
Plutôt que de reproduire une photographie traditionnelle, nous avons pensé que celle figurant ci-dessous reflétait davantage cette "vie de famille" des chiens-guides, elle nous a été gentiment adressée par Monsieur BARLOY.
(photo) Monsieur BARI.OY Jacques et GORDON
Élevée pour le club en tutelle par Madame LANNOY de Marquette. UBELLE a été remise à Monsieur SAIPI Mohamed demeurant à Albi, mais installé depuis à La Rochette.
UBELLE sait faire la différence entre les membres de la famille et les étrangers nous dit Monsieur SAIPI ; quand nous devons nous absenter et que notre chienne demeure à la maison elle surveille de près notre fils, elle s'installe alors dans le fauteuil de son maître et n'en bouge pas jusqu'à son retour. Pour le travail elle s'affirme en outre chaque jour davantage et donne entière satisfaction.
(photo) Monsieur -SAIPI Mohamed et UBELLE
Monsieur Maurice GOURGUES habite Paris. De ce fait, dés son arrivée dans la capitale TIBUL était un peu perturbé par le nombre de personnes rencontrées sur les trottoirs et dans le métro. Et puis.., que de marques d'amitié il recevait tout au long des trajets habituels de son maître !
A présent c'est un "vrai parisien", de plus il vit avec son petit ami, un enfant du même âge. Une chienne du voisinage ayant une certaine tendance à l'agressivité venait le perturber dans son travail à une certaine époque, sur les conseils de son maître, TIBUL l'ignore à présent et tout se passe pour le mieux.
(photo) Monsieur GOURGUES Maurice et TIBUL
Madame TRISTANI Jacqueline connaissait le travail accompli par les bergers
allemands guides d'aveugles et souhaitait recevoir un compagnon de cette race...
ce fut une magnifique femelle labrador que le club lui remit en septembre
1984. Très attachante, TROIS SIX a très vite conquis Madame TRISTANI
et toute sa famille. A présent nous dit Madame TRISTANI c'est mon huitième
enfant, elle m'accompagne partout : elle est adorée de mes élèves à qui
je donne des cours, de mes collègues et professeurs lorsque je vais
en recevoir.
Un seul point où je dois prendre garde: elle adore jouer avec les chaussures...
(photo) Madame TRISTANI et TROIS SIX
Madame LEBORGNE Renée a reçu SABA en remplacement de CALINE, décédée de vieillesse le 24 janvier 1984.
Elle n'a jamais voulu faire de comparaison entre CALINE et sa nouvelle compagne,
comme cela se conçoit cette dernière a été accueillie à bras
ouverts.
Les débuts furent difficiles pour SABA ; la ville de Quimperlé pose
de nombreux problèmes pour qui ne la connaît pas, mais à présent
elle guide se maîtresse en tous lieux et en toutes circonstances ; il
n'aura suffi que de quelques mois pour qu'elle repère les endroits où se
rend habituellement Madame LEBORGNE, désormais elle travaille de façon
parfaite.
Nous avons connu des périodes de froid inhabituel ajoute Madame LEBORGNE, nous sommes peu sorties ces derniers mois, le printemps est proche et... bientôt nous pourrons retourner à la plage...
(photo) Madame LEBORGNE et SABA.
Monsieur GOURGAS Célestin demeure dans le Gard, son épouse est également non-voyante, il était donc plus que nécessaire qu'il dispose d'un chien-guide pour ses déplacements, que ce soit seul ou avec son épouse.
Tout est parfait nous disait dernièrement au téléphone Monsieur GOURGAS, je n'ai que des compliments à formuler et URPIE est adorable. Nous connaissons de temps en temps quelques petits problèmes pour faire accepter URPIE lorsque je me déplace mais cela ne nous gêne pas trop et il s'agit surtout de cas particuliers.
(photo) Monsieur GOURGAS et URPIE
Madame Line DUSART est très fière de sa chienne-guide, c'est une bonne gardienne pour la maison mais elle fait de grandes démonstrations d'amitié lorsque les visiteurs sont entrés... Cet hiver, elle s'est attribuée d'office des vacances d'hiver, elle ne prétendait pas travailler dans la neige tout ce blanc c'était pour jouer, et non pour travailler.
Son compagnon de jeux c'est Denis, le fils de la maison, de plus CANELLE sait qu'elle a la responsabilité de le conduire et d'aller le chercher à l'école avec sa maîtresse ce n'est pas une mince affaire ! elle le sait et en est très fière... Par contre elle n'aime pas les applaudissements : elle l'a bien fait comprendre lors de la réception à laquelle elle a été conviée par les donneurs de sang en mairie de Ronchin.
(photo) Madame DUSART Line et CANELLE.
début page 12-13Minimum 20 F par carte de parrain ou marraine.
Adressez vos demandes à :
CLUB DES CHIENS-GUIDES DES FLANDRES Boite Postale 37, 59441 WASQUEHAL CEDEX
ULA
UBAYE
BLAKY
UTIE
STOUT
ULLA
UNDY
UBERT
ULYSSE
Calme, posé, une véritable sculpture vivante, tel est le chien-guide remis à Madame Nadine DESURMONT.
En janvier dernier Nadine nous a adressé une jolie photo de TABOU et les lignes suivantes :
'Avant de fermer le livre 1984 je dois vous remercier de m'avoir soutenue au moment où j'en avais besoin. Grâce à vous j'ai obtenu mon chien "TABOU" avec lequel je me débrouille très bien, ce qui me permet de garder Cindy et Nicolas avec moi. Toute cette petite équipe se porte bien. Nous sommes confortablement installés et très autonomes. Espérons que cela pourra continuer. Merci de tout coeur et bonne année".
(photo) Madame DESURMONT Nadine et TABOU.
Mademoiselle Monique MARISSAL, maîtresse de TROIKA a eu une pensée particulière pour nos éducateurs et nous a fait parvenir ces lignes que nous sommes heureux de publier, sans commentaire d'ailleurs car il est indéniable qu'elles ont été écrites avec le coeur.
A nos Éducateurs
Par tous les temps
Neige, pluie soleil ou vent,
vous êtes là !
Travaillant avec nos compagnons de demain,
Vous formez nos chiens avec votre coeur,
Vous êtes pour beaucoup d'entre nous une source
de chaleur et de réconfort.
Et nous savons que vos efforts nous sont bénéfiques
Vous nous apportez l'autonomie qui nous manquait.
A tous, nous ne pouvons qu'exprimer notre reconnaissance et vous dire Merci
Mademoiselle Marissal
(photo) de gauche à droite Jacques Derevière, Claude, Didier, Alain, Gérard.
Dans notre bulletin numéro 18 de mai 1984 nous avions évoqué l'action
d'information entreprise avec l'aide de radios locales.
Comme nous le souhaitions à l'époque plusieurs d'entre elles
nous ont marqué un intérêt certain.
Dans diverses régions de France des non-voyants maîtres de chiens-guides ont pu ainsi participer à des émissions en collaboration avec les animateurs locaux.
Pour notre seule région Nord Pas-de-Calais, l'un des représentants du Club des Flandres a pu à diverses reprises opérer sur les ondes parfois en compagnie de non-voyants comme Martine THOBEL de Lille, Nelly GILBERT d'Épernay, Jean FLAMENT de Maisnil-les-Ruitz.
Qu'ils en soient remerciés comme nous remercions les responsables de Radio Ambiance à Lezennes, Radio Corrina à Tourcoing, Radio F.I.J. à Lille, Radio Noeux à Noeux-lesMines pour nous avoir accordé la possibilité de mieux faire connaître la vie du Club des chiens guides des Flandres et l'oeuvre accomplie depuis sa création par Monsieur Paul CORTEVILLE.
Si au cours de l'année nous recevons un courrier régulier issu de toutes régions de France, les mois qui suivent l'expédition du "petit journal" sont particulièrement chargés.
L'envoi des cartes de, membres et des cartes de parrainage n'en souffre pas pour autant grâce à l'action des deux secrétaires et des bénévoles. Cependant il ne nous est pas toujours possible de répondre à toutes les marques de sympathie et aux voeux formulés par de très nombreux membres.
Qu'ils veuillent bien nous en excuser.
D'autre part, une question nous a été posée à plusieurs reprises : Que deviennent les chiens-guides lorsque, trop âgés, ils ne peuvent plus être utilisés pour la mission à laquelle ils ont été préparés ?
Sur ce point nous voulons rassurer tous les amis des animaux. Après bien des années de labeur et d'amour pour leur maîtresse ou leur maître les chiens-guides d'aveugles méritent de couler une fin de vie paisible et la plus agréable possible. Et c'est ce qui se passe, ils demeurent la plupart du temps là où ils ont passé une grande partie de leur existence ou, cas extrême, lorsque leur maître disparaît, ils sont recueillis et choyés par des personnes généreuses. C'est notamment le cas de GIPSV, exposé dans notre bulletin 18 de mai 1984.
Nous rappelons si cela était nécessaire que les club des chiens-guides d'aveugles des Flandres a été reconnu d'utilité publique par décret ministériel du 10 août 1973.
De ce fait les dons, héritages, legs, établis en faveur du club des Flandres sont exonérés des droits de mutation.
D'autre part, nous rappelons à tous nos membres qu'ils peuvent, en ce qui concerne les sommes versées par les particuliers, déduire de leurs revenus une somme correspondante à 5%. Pour cela il suffit de nous demander l'établissement du reçu correspondant aux sommes versées en faveur du Club des Flandres afin de le joindre à la déclaration annuelle. En ce qui concerne les commerçants des mesures identiques sont adoptables puisqu'ils peuvent déduire de leurs bénéfices un certain pourcentage.
Ces lignes nous amènent d'ailleurs à adresser à nouveau nos très sincères remerciements à toutes les personnes qui, individuellement ou au titre de "Clubs Services", associations, comités de soutien nous ont aidés dans notre action auprès des non-voyants en nous adressant leurs dons au cours des derniers mois.
L'assemblée générale aura lieu le samedi 5 octobre 1985 dans la salle V. Honoré à Wasquehal.
Tous les membres actifs (non-voyants maîtres de chiens guides) et les membres adhérents ayant acquitté la cotisation de l'année en cours sont cordialement invités à y participer.
La salle V.-Honoré est celle que nous occupons habituellement lors des remises annuelles, elle est située rue Louis Lejeune, derrière la salle Gérard-Philipe (quartier du Capreau).
Lors de sa réunion du 16 juin 1984 le conseil d'administration du Club des Flandres avait émis le désir de donner à notre filiale de Coubert son autonomie afin qu'elle puisse, à court terme, devenir une école de chiens-guides à part entière.
La première phase de cette opération a pris effet au premier janvier 1985. Le club d'Ile-de-France est, depuis cette date, autonome en matière de gestion financière et administrative. Si les résultats escomptés sont positifs, et c'est le souhait de chacun, en date du premier janvier 1987 le club Ile-de-France deviendra totalement indépendant.
Ainsi que nous l'avons annoncé dans notre précédent bulletin de novembre 1984, c'est le samedi 4 mai 1985 qu'aura lieu la remise officielle de la promotion 1984/1985. Cette cérémonie qui se déroulera salle Gérard-Philipe à Wasquehal (Capreau) à 11 heures fera l'objet d'un compte rendu détaillé dans notre bulletin numéro 21 en novembre 1985.
De nombreux membres actifs, adhérents ou sympathisants ont émis le voeu de pouvoir disposer d'un insigne relatif aux "chiens-guides d'aveugles".
Nous sommes heureux d'informer tous ceux que cela intéresse que la Fédération nationale des écoles et clubs de chiens-guides d'aveugles a fait confectionner un "PINS" dont nous donnons ci-dessous la reproduction. D'un diamètre de 2,5 cm, cette broche représente un chien guide d'aveugle marron sur fond blanc avec un non-voyant en noir et reliefs dorés.
Chacun peut se la procurer au Club des Flandres contre la somme de 20 F.
Dans un même ordre d'idée nous sommes heureux d'annoncer la sortie d'un livre intitulé :
"NON-VOYANT D'AUJOURD'HUI... UN CHIEN POUR GUIDE" de Jacques Lannier, éditions De Vecchi.
Cet ouvrage retrace l'historique de chacune des écoles existant en France et répond aux nombreuses questions que l'on peut se poser sur le chien-guide d'aveugle. II est disponible au siège de la FÉDÉRATION NATIONALE DES CLUBS ET ÉCOLES DE CHIENS-GUIDES D'AVEUGLES 6, rue Réaumur 75002 PARIS. contre la somme de 65 F (ou 75 F frais d'expédition inclus).
Madame Raymonde GUICHARD de Saint- Maximim-la-Sainte Baume nous a fait parvenir ce poème écrit à l'intention de sa chienne-guide "ROSANE" par Monsieur Mondolloni et que nous sommes heureux de publier ci-dessous :
Mes Yeux de Lumière
Ô Rosane ma chienne, ô Rosane mes yeux
Quand tu fais mon chemin parsemé de pénombre,
Que tu guides mes pas, allant presque où je veux,
Que j'entends des "Bonjours"
ma tristesse est moins sombre.
Je ne t'ai jamais vue et je te connais tant !
Je sais que ton regard est celui
d'une amie,
Et mon sort est pour toi tellement important
Que tu me sauverais au péril de ta vie.
Ô Rosane ma chienne, ô Rosane mes yeux
Que ferais-je sans toi ? Je resterais sans doute
Entre mes quatre murs dans ce silence affreux
Qui met du vague à l'âme et l'esprit en déroute.
Je t'appelle, tu viens, ensemble nous partons :
Alors nous rencontrons des gens forts sympathiques,
Des amis, des parents .... parfois nous nous heurtons
A de rares grincheux au coeur bien rachitique !
Ô Rosane ma chienne, ô Rosane mes yeux
Puisque tu vois pour deux, dis moi ! Les fleurs sont belle
et sous le ciel tout bleu, le soleil radieux
éclaire-t-il encore la fraîcheur des tonnelles ?
Dis-mois que tout est clair, que tout est lumineux
Que les robes d'été sont toujours éclatantes,
Que la rose est superbe en son habit soyeux
Et dans le soir serein que l'étoile brillante.
Ô Rosane mon guide, où nous mènent tes pas ?
Dis-moi que tout est beau, que tout est symphonie ...
Mais je demande trop, car tu ne parles pas.
Ô Rosane ma chienne, ô Rosane ma vie.
J Mondolloni le 21.03.1984
Chaque année nous avons à déplorer la disparition de chiens-guides et cette fois encore trois de nos fidèles compagnons sont décédés au cours des derniers mois :
Le 20.12.1984: PUCE appartenant à Monsieur André V IDAL de Bram. Ce berger allemand guidait son maître depuis septembre 1980.
Le 21.12.1985: CÉLINE qui avait été remise à M. Bernard GIRAUD en décembre 1980.
Le 12.2.1985: MIRA pour laquelle nous avons reçu le texte suivant de Madame Gérard BISCH de Boersch dont nous publions l'intégralité.
"Les chiens nous font de la peine que quand ils meurent "
Cette phrase sur le dernier bulletin est devenue pour nous réalité quand MIRA nous a quittés le12 février 1985 : elle avait 9 ans et demi.
Mira s'étant admirablement remise de l'intervention chirurgicale subie fin Novembre, tout nous permettait d'espérer d'écouler encore avant elle de douces journées. Quelques semaines plus tard, la maladie insidieuse s'est manifestée et une embolie cérébrale l'a emportée brutalement.
Inutile de vous dire quelle est notre tristesse et le vide que laisse MIRA dans notre maison ...
A tous ceux qui ont contribué à ce que MIRA fut remise à mon mari en 1976 : la famille BERTHE, le personnel du club de Wasquehal, à tous ses parrains et marraines nous exprimons notre vive reconnaissance. MIRA a été une compagne admirable pour son maître qu'elle a guidé pendant huit ans sans incident et pour toute la famille, elle a été une présence fidèle et attachante.
Beersche le 26 février 1985.
Dans son édition du 24 février 1985 "La Voix du Nord" édition de Boulogne-sur-Mer a publié un article sous la signature de Monsieur Lemaire. Avec l'autorisation de l'auteur nous le reproduisons ci-dessous.
UNIQUE, je m'appelle UNIQUE. Entre nous et en toute modestie, je crois que je mérite mon nom. Belle et ténébreuse, je le suis aussi. J'ai la santé et comme dirait Lucien, du moment qu'on l'a, faut pas se plaindre.
Et de quoi me plandrais-je après tout ? Tout le monde me regarde et m'admire et les grincheux, ceux que nous dérangeons, n'osent pas trop le montrer. Et pourtant s'ils savaient qu'on s'en contre fiche lui et moi ! L'essentiel n'est-il pas de former un couple idéal.
Venez à la maison, vous verrez. Lui me laisse à mes jeux. J'admets que j'exagère un peu de ce côté-là et que j'encombre mais que voulez-vous à vingt-deux mois, ce serait bien dommage de rester tranquillement dans son coin et dans ses pantoufles.
Et puis l'exercice il n'y a rien de meilleur pour garder la forme, l'oeil brillant. Notez que cet oeil, sans avoir l'air d'y toucher, je le porte constamment en coin sur lui. On ne sait jamais. Faudrait pas qu'il arrive quelque chose. Je vous assure que j'en perdrais ma turbulence et le goût de jouer avec les enfants de la maison. De vous à moi ce sont des petits-enfants mais je ne veux pas le vieillir. C'est qu'il est coquet savez-vous.
Il faut dire qu'il aime aussi que je sois dans ma plus belle robe, la noire celle qui me va si bien qu'on dirait que c'est ma propre peau. Une robe de fourrure d'ailleurs. Voyez le chic. Bon chic, bon genre. Un poil un peu rêche mais ça tient bien, très bien même aux intempéries. II faut préciser aussi que je viens du Labrador et que là-bas, les nuits sont plutôt frisquettes.
Ah oui, !avais oublié aussi. Mais où avais-je la tête. Je suis un chien, un bon gros chien. Une fille pour être exact. Peut être l'aviez-vous deviné. Non, ne le dites pas, vous me feriez de la peine.
Je suis donc une fille et le resterai. Dès que ce fut possible, on fit en sorte qu'il en soit ainsi. Pour mes frères, ce fut la même chose.
C'est que notre tâche interdit les idées folâtres et vagabondes. Mettez-vous à la place de mon maître si subitement je partais à l'aventure, lui en remorque et moi le tirant de toutes mes forces vers l'objet de mon désir, moi le chien d'aveugle.
Non, il faut être sérieux et je le suis. Tenez, vous n'avez qu'à guetter mon passage. Plus rien alors ne me distrait. Même une mouche sur ma truffe. Bien sûr Lucien (c'est le prénom de mon compagnon) me reproche parfois qu'un chien avec un chapeau m'arrête mais je vous assure que ça ne dure guère, ma mission est bien trop importante.
Vous savez les guides comme nous, on a des responsabilités et j'en suis fière, croyez-moi. II n'y a qu'à me voir déambuler au côté de mon ami, la main accrochée dans mon harnais. A petits pas, je le conduis ainsi, sans cesse aux aguets, prête à le pousser du flanc pour lui éviter un trou, un obstacle, l'oreille tendue attendant son ordre, sa demande. Faut-il lui faire traverser la rue, il me le commande poliment mais fermement. Donnes la ligne (ce sont les passages protégés rayés et je reconnais le blanc et le noir, c'est déjà pas mal). Donnes les marches. Et je lui donne tout cela comme sur un plateau ou presque. J'arrête. II s'arrête. Je marque une hésitation. II marque une hésitation. Un fil invisible, celui de l'amitié nous relie sans cesse.
Notez bien que ça ne m'est pas venu tout seul. J'ai appris. Je suis
allée à l'école, celle du bon Monsieur Corteville de Wasquehal,
un apôtre, le premier en France qui ait pensé et qui se soit
dépensé pour que nous soyons des yeux.
A coups de coeur on nous apprend ce métier que bientôt nous allons adorer. Et nous sommes heureux. On dirait que nous sommes faits pour cela. Mais chut l'enseignement est secret. Les grands maîtres anglais et allemands sont peut être passés par là. Qu'importe, l'essentiel c'est de réussir. II y a peu d'échecs en réalité.
Des heures de marche, d'entraînement, des gestes sans cesse recommencés. Ça dure quatre, cinq mois à raison de vingt-cinq kilomètres journaliers et après enquête on nous choisit notre maître mais nous dépendons toujours de l'école. Notre santé est contrôlée. Nos lubies également...
Le couple que nous formons par la suite n'est pas l'effet du hasard. Et tout cela est gratuit. Pourtant au bout du compte je vaux dans les environs de 60 000 F. Vous avez bien lu 6 millions de centimes ! Nous sommes en quelque sorte prêtés à vie. Seules la maladie et la mort nous séparent de notre patron.
J'ai donc vingt-deux mois. J'ai succédé au domicile de Monsieur Lucien Potdevin à Diane et Bella, deux bergers allemands. (On prend souvent des femmes, c'est plus doux.) Diane fut la première chienne-guide à être acceptée dans la basilique de Lourdes.
Une obéissance mutuelle.
II ne nous a guère fallu longtemps pour nous habituer à mêler étroitement nos deux existences. Lui connaît bien la topographie de Boulogne. Je n'ai qu'à lui obéir à la voix, et lui m'obéit au geste.
Nous sommes deux copains en vérité. J'en suis terriblement contente. D'ailleurs vous n'avez qu'à me regarder passer, majestueuse. La force tranquille quoi !
Je fais très attention. C'est qu'il faudrait bien peu pour que Lulu (il ne sait pas que je l'appelle ainsi) perde son sens de l'orientation. Quand ça arrive, il demande aux passants de le remettre sur la bonne voie. Vous pensez si alors je suis vexée...
Cela fait maintenant quelques mois que nous sommes ensemble. Je connais bien ses coins, ses manies, ses occupations. Grâce à moi il est indépendant. N'est-ce pas magnifique et n'ai-je pas le droit de bomber un peu le poitrail quand je suis en ville au milieu de la foule ?
Oh ce n'est pas toujours gai. Des passants nous bousculent parfois. Des automobilistes nous disputent. Qu'importe puisque lui est redevenu grâce à moi un homme libre. II faudrait que beaucoup d'aveugles puissent respirer de nouveau cette liberté...
Fin du magazine.