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Histoire d'un homme Paul Corteville - Histoire d'un homme : de 1958 à nos jours - Histoire d'un homme : Paul Corteville, la fédération et les autres
Les Acteurs : Les chiots futurs chiens guides - Les acteurs : Famille d'accueil, qui es-tu ? - Les acteurs : Les hommes. - Les Acteurs : Les maîtres de chiens guides.
Les projets : Un nouveau centre pour de nouveaux enjeux. - Les projets : Les nouvelles technologies au service du handicap : le GPS piéton et la canne électronique - Les projets : le pôle de cécité.
Couverture
Hors série Numéro 1 - Le Magazine Paul Corteville l'histoire d'un homme. Mai 2009.
Association reconnue d'utilité publique par décret ministériel du 10 Août 1973.
Chers amis,
J’ai le plaisir de vous présenter le Hors-Série numéro 1 du centre Paul Corteville. Chaque année, un numéro spécial viendra désormais compléter la série des trois magazines d’informations de notre association. (photo Monsieur Jean François Durie président ).
J’ai souhaité que
ce premier numéro rende hommage à Monsieur Paul
Corteville, notre fondateur, qui, le premier
en France, a éduqué un chien guide
pour une personne déficiente visuelle et
mis au point une méthode
d’éducation propre.
Cet homme d’exception a impulsé avec abnégation une mission en faveur du handicap dans la France entière.
Grâce à lui, des centaines de personnes non ou mal voyantes ont retrouvé une autonomie dans leur quotidien ainsi qu’un lien social et affectif indéniable.
Au fil de ces pages, vous découvrirez sa vie, son histoire ainsi que le quotidien des acteurs du chien guide que sont les personnes déficientes visuelles, les familles d’accueil, les éducateurs du chien guide.
Aller plus loin, bâtir des projets qui portent résolument notre association vers l’avenir est notre mission, pour répondre aux attentes de l’ensemble des personnes non ou mal voyantes mais aussi pour poursuivre fidèlement l’oeuvre de Paul Corteville. Remettre davantage de chiens guides, exploiter les nouvelles technologies que sont le GPS piéton et la canne électronique, offrir plus de services aux personnes déficientes visuelles à travers la mise en oeuvre d’un pôle de cécité sont les trois objectifs que nous nous sommes fixés et que vous pourrez mieux appréhender, à travers cette nouvelle publication.
Je vous souhaite une belle lecture ! Pour tout ce chemin parcouru avec vous et grâce à vous depuis 1958, je vous remercie du fond du coeur.
Jean François DURIE Président
" Les chiens consolent de tout, même des hommes, c’est à se demander si nous méritons encore des bêtes comme ça."
Sa vie bascule en 1951, quand il rencontre René BLIN, personne aveugle, plongée dans l’obscurité et dans un grand isolement social et familial. Paul Corteville qui a entendu parler de chiens qui guident les aveugles à l’étranger, décide de mettre au point sa propre méthode d’éducation, avec un berger allemand qu’il va chercher à la SPA
En 1952, Paul Corteville
confie ainsi Dickie, le premier chien guide français, à Monsieur
BLIN, qui retrouve une indépendance perdue
et un goût de vivre oublié. A partir de ce
moment-là, de nombreuses demandes lui
parviennent de tout le territoire français.
Paul Corteville consacre alors son temps à répondre à toutes ces sollicitations, tout son temps et son argent, sans calcul et sans bénéfice.
C'est avec son épouse qu'il entreprend ce qui va devenir l'œuvre de toute sa vie, et dès leur mariage, Madame Corteville se retrouve à la tête d'une grande maison, de trois enfants et de cinq chiens...
La famille Corteville devient non seulement famille d'accueil des futurs
chiens guides mais loge et nourrit les personnes aveugles qui viennent de toute
la France chercher leur chien éduqué,.. c'est la maison du "Bon
Dieu". Cette famille connaît la souffrance chaque fois qu'elle se
sépare d'un chien qu'elle a élevé et éduqué.
Mais elle trouve une consolation inégalée dans la joie éprouvée
par la personne qui guide désormais ses pas. Paul
Corteville avoue volontiers qu'il a honte de ce qu'il demande quotidiennement à son épouse
: il dépense tout ce qu'ils possèdent pour éduquer ses
chiens, les nourrir et aider les
personnes aveugles… jusqu’à quelquefois ne
plus avoir de quoi payer son propre logement !
Paul Corteville marche avec ses chiens avant
et après son travail. Quand il les éduque,
il ne pense à rien d’autre que d’observer
attentivement toutes les réactions du chien,
en fonction des divers obstacles qui se
présentent. Il affine ainsi peu à peu sa
propre méthode d’éducation. Il est tellement
passionné et concentré sur son travail qu’il
en oublie l’heure et rentre souvent très tard
retrouver sa famille ! Quelques 120 000 kilomètres
(trois fois le tour de la terre) seront ainsi
parcourus à raison de cinq heures et de 20 à
25 kilomètres par jour pour former tous ses chiens.
Toutefois, malgré toute la passion dont il fait preuve, Paul Corteville décide d'arrêter son association, épuisé et ruiné... Le manque cruel de moyens financiers, les difficultés administratives ont eu raison de la volonté de cet homme d'engagement.
La lettre de Monsieur Delecolle, déficient visuel et bénéficiaire d'un chien guide formé par Paul Corteville, reçue à la rédaction du Parisien Libéré remet son œuvre « sur les rails »... En voici un extrait : « Je crois qu'il est impensable de ne pas pouvoir aider pour une fois ces hommes qui, depuis des années, paient de leur personne et de leurs deniers, sans essayer d'en tirer ni gloire ni profit, ceci étant si extraordinaire de nos jours, que nous ne pouvons en conscience rester insensibles à leurs difficultés présentes, alors qu'ils font tant eux-mêmes pour appliquer le désintéressement et la solidarité envers autrui »...
Toujours est-il qu'un an après, grâce à différentes actions du journal menées par Albert Plécy, son rédacteur en chef et aux dons qui affluent Paul Corteville peut envisager sereinement l'avenir de sa mission, et réaliser le rêve de sa vie : construire son école pour y éduquer des chiens pour des personnes aveugles ou malvoyantes.
Paul Corteville fonde tout d’abord, au sein
d’un club de dressage canin de Roubaix, une
section chien guide qui lui permet de remettre
gratuitement des chiens guides aux personnes
déficientes visuelles.
Puis très vite, en 1958, le « Club des Chiens Guides des Flandres » prend la forme d’une association, dont le siège social est situé en Mairie de Roubaix.
Grâce au « Parisien Libéré » l’Association inaugure, en septembre 1972, son premier Centre à Wasquehal, au 60 de la rue Henri Carette, dans une modeste maison, où quelques chenils extérieurs accueillent les pensionnaires à éduquer. Très vite toutefois, les locaux de la rue Henri Carette deviennent trop exigus.
Pour cette raison, l’Association transfère son Centre, en 1987, dans les locaux réaménagés d’une ferme au carré au 69 de la rue Voltaire. Cette nouvelle installation permet l’éducation d’un plus grand nombre de chiens et l’accueil des personnes non voyantes dans de meilleures conditions, puisque des chambres individuelles et confortables y sont prévues.
Paul Corteville décède en 1986, et n’a pas la chance d’inaugurer ce nouveau bâtiment. La ville de Wasquehal associe définitivement son nom à l’histoire, et baptise une « rue Paul Corteville ».
En 2005, toujours dans la perspective de remettre davantage de chiens guides aux personnes déficientes visuelles, le conseil d’administration décide d’agrandir le centre de Wasquehal, qui se développe sur 8.000 m².
Le projet ne peut aboutir et c’est à Roncq que le nouveau centre Paul Corteville voit finalement le jour sur un terrain de plus de 2 hectares, en campagne, dans un bâtiment neuf, grâce aux legs, capitalisés depuis de nombreuses années. L’association occupe les lieux depuis fin Juin 2008.
Le bâtiment, conçu sur deux étages dans une architecture résolument contemporaine, répond à trois objectifs. Il se veut :
1/ UNE ÉCOLE DE CHIENS GUIDES MODERNE ET PERFORMANTE
Afin de participer à l’accroissement du
nombre de chiens éduqués et ainsi satisfaire à la demande
accrue de personnes déficientes visuelles, davantage de confort
est prévu pour les chiens en éducation :
organisation optimisée, chenils spacieux,
infirmerie, chenil d’isolation, salle de bains
et de brossage, espaces consacrés aux
chiots, parcs dédiés à la détente ainsi que de
nombreux parcours d’éducation situés sur un
seul et même site. Lors de la semaine et des
weeks ends, une équipe de quatre animaliers
s’assure du bien être et des soins des chiens.
Lors des week-ends, une partie des chiens en éducation rejoignent des familles
d’accueil.
2/ UN VÉRITABLE OUTIL AU SERVICE DE L'AUTONOMIE MOTRICE DU DÉFICIENT VISUEL
L'ensemble du bâtiment est conçu pour un accueil optimisé des personnes déficientes visuelles, qu'elles viennent en visite, en stage de candidature, ou pour la remise de leur chien guide.
Une unité de sensibilisation leur est dévolue, aménagée avec trois chambres, trois salles de bains individuelles ainsi qu'un espace de vie commun et chaleureux ; salon, salle à manger, cuisine et accès informatique. Pendant leur séjour, les personnes non voyantes bénéficient des soins attentifs d'un hôte permanent. Les accès extérieurs ainsi que l'intérieur du bâtiment sont entièrement équipés pour leur offrir un meilleur confort de déplacement espaces larges, guidages podo-tactiles, bornes vocales, guidage braille (financé par la Fédération des Aveugles de France), plans multisensoriels, parcours de locomotion, parcs de détente dédiés aux chiens...
3/ UNE ÉCOLE OUVERTE ET COMMUNICANTE
Afin de permettre à tous, particuliers, entreprises, collectivités, écoles, associations, de mieux appréhender le monde du handicap et de la déficience visuelle, sont organisés régulièrement des visites commentées avec des personnes déficientes visuelles, des démonstrations d'éducation, des ateliers pédagogiques. Des ateliers et repas dans le noir sont également prévus. Les principes d'accueil du public, de sensibilisation, de pédagogie régissent l'organisation spatiale du bâtiment, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur.
A l'extérieur, gradins et terrasses permettent à un grand nombre de visiteurs d'assister à des démonstrations de chiens guides au travail. La proximité des espaces verts de la commune, très fréquentés aux beaux jours par les familles de la région, amène tout naturellement à ouvrir les portes de l'école aux visiteurs éventuels. Plus de 1 000 mètres carrés de coursives permettent de faire un tour complet de l'ensemble construit.
A l'intérieur, le tiers des surfaces bâties est destiné à la communication et aux échanges. La priorité est accordée à la communication sur le handicap.
L'association se veut sur le sujet résolument citoyenne. Elle organise des visites de scolaires, d'entreprises, de clubs services ou d'autres associations. Des parcours extérieurs de sensibilisation sont tracés, des activités ludiques à vocation éducative sont en cours de développement. Tout est mis en oeuvre pour faire prendre conscience au public que la part la plus importante du handicap est celle qui se trouve dans le regard que nous portons sur la différence.
Toute la logique du bâtiment s'organise autour du développement durable, panneaux photovoltaïques pour les sanitaires, récupération d'eau de pluie avec une citerne de 60 mètres cubes, lampes à économie d'énergie, possibilité de chauffage par géothermie...
Alors que Paul Corteville gère à Roubaix le club des chiens guides des Flandres, une autre école de chiens guides voit le jour en 1966, à Sospel dans les Alpes Maritimes, sous la direction de Joseph MICOUD.
Paul Corteville lance l'idée d'harmoniser leur travail et surtout de faire la promotion du chien guide sur le plan national ; c'est la naissance en 1972 de la Fédération Française des Associations de Chiens guides d'aveugles (F.F.A.C.), dont il est le premier Président.
Composée de l'école du Nord et du Sud Est dans un premier temps, la fédération s'enrichit d'autres écoles à partir de 1975. C'est tout d'abord l'école des Chiens Guides de l'Ouest d'Angers, puis en 1976, l'école Limousine de Chiens Guides d'Aveugles, En 1979, l'Amicale Nationale des Maîtres de Chiens Guides d'Aveugles, devenue Association Nationale des Maîtres de Chiens Guides d'Aveugles (ANMCGA), adhère à la Fédération.
L'école de Paris naît en 1980, sous le nom d'Ecole de chiens guides pour Aveugles et Malvoyants de Paris et de la Région Parisienne. Puis, c'est le tour en 1982 de l'école de Chiens Guides d'Aveugles du Midi à Aix en Provence, et en 1984, de l'école de Chiens Guides d'Aveugles d'lle de France à Coubert (77) qui porte le nom de Centre Paul Corteville, L'école de Chiens Guides d'Aveugles de Lyon et du Centre Est suit en 1985, puis l'Association de Chiens Guides d'Aveugles de Toulouse Midi Pyrénées en 1995. En 1996, la Fédération envisage la création d'un centre d'élevage centralisé qui alimente les écoles en futurs chiens guides ; le CESECAH (Centre d'Etude, de Sélection et d'Elevage de Chiens guides d'Aveugles et Autres Handicapés). La dernière école à rejoindre la Fédération est l'école des Chiens Guides du grand Est à Woippy (57), en 2005, également Centre Paul Corteville, qui porte à 10 le nombre d'écoles fédérées en France.
Les efforts conjoints de la Fédération, des Écoles et de l'ANMCGA auprès des pouvoirs publics débouchent sur la loi de juillet 1987, et permettent aux personnes déficientes visuelles utilisatrices d'un chien guide d'être accompagnées par celui-ci dans tous les lieux publics et ouverts au public, ainsi que dans tous les modes de transport en commun.
Longtemps pratiquée de façon empirique, la formation des éducateurs de chiens guides d'aveugles se déroule de nos jours dans un cadre fédéral. Le diplôme est reconnu par les Ministères de tutelle depuis le Journal Officiel du 6 avril 2002.
En février 2005, la nouvelle loi sur le handicap est adoptée par le Parlement. Une délégation de responsables de la Fédération a participé à des groupes de travail pour rédiger les décrets d'application, en particulier ceux qui concernent les aides animalières (labellisation des Écoles, étude des frais d'entretien d'un Chien Guide, etc „, ).
Les 10 écoles de la Fédération Française des Associations de Chiens guides `d'aveugles ont souscrit une charte éthique et en respectent les 3 principales règles:
1 Le chien guide est remis gratuitement aux personnes déficientes visuelles qui en font la demande.
2 Les éducateurs reçoivent une formation théorique dispensée par la F.F.A.C.
3 Aucune des écoles fédérées ne pratique le démarchage à domicile, ni le démarchage téléphonique.
Chacune des écoles de la F.F.A.C. adhère à la Fédération Internationale des écoles de chiens guides d'aveugles et en accepte une inspection tous les cinq ans. Cette adhésion permet des échanges internationaux de pratiques professionnelles et de gestion.
Elle n'est pas de rigueur quand Paul Corteville commence l'éducation des chiens guides ; il va les chercher à la Société Protectrice des Animaux, et choisit des chiens adultes dont seuls le regard et le comportement comptent.
En 2009, la sélection des chiots est capitale. La plus grande partie d'entre eux provient du CESECAH (Centre d'Etude, de Sélection et d'Elevage de Chiens Guides d'Aveugles et autres Handicapés). Ce centre fédéral, situé dans le massif central, produit des chiots de qualité afin de pourvoir gratuitement aux besoins des écoles de la fédération. Les 150 chiots produits chaque année ne suffisent pas à combler tous les besoins, et les écoles ont chacune recours à des éleveurs, en fonction aussi des races qu'elles ont choisies de remettre. Le personnel en charge de l'élevage s'attache à choisir attentivement les chiots dont les géniteurs sont exempts de dysplasie, de tares comportementale ou visuelle.
C'est une des raisons pour lesquelles les écoles fédérées ne peuvent pas accepter l'offre généreuse de particuliers qui souhaitent leur offrir un chiot !
Deux races sont proposées par le CESECAH : le labrador et le golden
retreiver. Depuis quelques années, ce centre réalise le croisement
du golden et du labrador, permettant d'obtenir un chien de plus grande taille.
Le Centre Paul Corteville, soucieux de poursuivre la tradition initiée
par Paul Corteville éduque aussi le berger allemand.
le labrador le golden retreiver.
Le labrador, le golden retreiver, le berger allemand : ces races sont privilégiées pour leurs qualités.
1 INTELLIGENCE : le chien s'adapte à son maître et à son environnement.
2 MÉMOIRE : le chien est capable de mémoriser une trentaine d'ordres et plusieurs trajets habituels.
3 DOCILITE ET RECEPTIVITE : il accepte les ordres qui lui sont donnés par la famille d'accueil, l'éducateur et son maître déficient visuel.
4 CONCENTRATION : au harnais, il ne se laisse pas distraire.
5 SOCIABILITE : il sait vivre en société et s'adapte à tous les contextes.
Pour être un bon chien guide, le chien doit être très équilibré mentalement, robuste, avoir une taille de plus de 50 centimètres au garrot, avoir une bonne constitution et une bonne santé, facteurs de l'endurance nécessaire à son futur métier, et doit aussi être souple au changement de main... Car plusieurs étapes rythment sa vie avant qu'il ne guide ; une courte période de deux mois chez l'éleveur ou au C,E.S,E.C.A,H„ une quinzaine de jours au centre pour la mise en place d'une prééducation, une dizaine de mois dans une famille d'accueil, six à huit mois en éducation avec un éducateur, et enfin vers l'âge de vingt mois, la remise à son nouveau maître déficient visuel dont il guidera les pas au quotidien.
« Je suis bénévole, je suis disponible et motivée pour m'investir dans la pré-éducation d'un chiot futur chien guide que j'adopte temporairement, le temps de l'école maternelle. Je lui apporte toute la tendresse nécessaire à son épanouissement et ne manque aucune occasion de jouer avec lui. Je ne perds jamais de vue son futur métier prêter ses yeux à une personne qui ne le verra pas, mais qui pourra grâce à lui retrouver l'autonomie dans ses déplacements.
Pour répondre à cette attente, je m'engage à écouter
et suivre les conseils de l'école qui me sont donnés soit en
séance de travail commune au moins une fois par mois
au sein même du Centre
Paul Corteville à Roncq soit en leçon particulière avec
le moniteur qui vient surveiller l'évolution du chiot dans l'environnement
de ma maison.
Je lui procure une ambiance familiale, lui apprends à ne pas quémander à table, à ne pas monter sur les canapés, la propreté, les premiers ordres d'obéissance. Je lui fais découvrir de nombreuses situations de la vie moderne, j'emprunte avec lui les transports en commun et j'accède à tous les magasins où il est identifié facilement grâce à son gilet de travail de couleur bleue. Je suis remboursée des frais vétérinaires et de nourriture. Je reçois un reçu fiscal en dédommagement de mes frais kilométriques. Je m'engage à me séparer de ce chiot pour le laisser suivre sa formation auprès d'un éducateur du Centre Paul Corteville de Roncq. Je le retrouverai lors de la journée de remise, lorsqu'il rencontrera la personne qu'il guidera. A cette personne, je raconterai toute mon histoire avec la petite boule de poils qu'il était! ».
La famille d'accueil est un maillon essentiel dans l'éducation d'un chien guide. Grâce à son affection, à sa pré-éducation, le chien acquerra les bases indispensables pour devenir un bon chien guide.
C’est le moniteur qui, le premier, prend en
charge le chien qui vient de quitter sa famille
d’accueil. Il fait avec lui des exercices à la
laisse, évalue les acquis de sa pré-éducation
et commence le travail au harnais.
Il renforce son apprentissage : la régularité
de sa marche, ses arrêts à la bordure du
trottoir, l’obéissance aux ordres directionnels,
sa concentration (ne pas renifler, résister à
l’attirance de ses congénères...) et son rappel. Il lui apprend
l’évitement des obstacles en
milieu urbain : le contournement des poteaux,
des poubelles, des voitures en stationnement
illicite…
Il travaille avec lui la recherche de siège, de
porte, de guichet bancaire, de la boîte aux
lettres, de l’accès aux transports en commun
ou encore de la caisse dans un magasin…Il vérifie que le chien
repère les escaliers et
en présente correctement les marches, les
abri bus, les entrées de métro…
L’éducateur prend le relais et poursuit la formation du chien. Il utilise ses capacités de réflexion pour qu’il désobéisse intelligemment s’il sent que son maître est en danger : dans le cas par exemple d’un trou sur le trottoir à cause de travaux, le chien refusera d’avancer malgré l’ordre de son maître et se positionnera en travers de ses jambes pour l’obliger à s’arrêter. L’éducateur va se mettre en situation de danger pour vérifier que le chien a bien compris son rôle de protection.
Une fois le chien en fin d’apprentissage, l’éducateur le teste auprès d’un de ses collègues, qui se met volontairement « sous bandeau ». Ainsi, il peut, «en conditions réelles», analyser les points forts et faibles de son chien. Si le chien réussit avec succès les différents exercices, alors il est temps pour lui de faire le bonheur d’une personne déficiente visuelle.
Durant toute la durée de cette formation au Centre Paul Corteville, les différents intervenants, qu’ils soient animaliers, moniteurs ou éducateurs s’attachent à préserver les acquis affectifs du chien : ils prennent du temps pour jouer avec lui, pour le détendre. Ce sont eux également qui s’occupent des soins quotidiens du chien ( le brosser, le laver…). Il est important d’évacuer toutes sources de stress qui pourraient compromettre son potentiel à devenir chien guide.
Parallèlement au travail d’éducation des chiens, l’instructrice en locomotion travaille avec la personne déficiente visuelle pour l’aider à mieux gérer ses déplacements avant l’arrivée de son chien. Ce travail d’accompagnement se déroule à Roncq et sur le lieu d’habitation du demandeur.
Apprendre à mieux appréhender l’espace, mieux se déplacer de façon autonome, en toute sécurité, sont des objectifs de la locomotion, qui s’adressent aussi bien à des personnes aveugles que malvoyantes. La locomotion ne se résume pas qu’à l’utilisation de la canne blanche. Elle s’appuie sur un acquis psychomoteur. Elle sollicite les moyens de compensation sensorielle. Elle exige un développement de l’observation, du sens de l’orientation, de la capacité de visualisation mentale. Elle met en jeu l’utilisation de repères, de la mémoire, du raisonnement et de la réflexion.
En locomotion, l’objectif ne se réduit pas à l’apprentissage de quelques itinéraires déterminés. Il vise l’acquisition d’une maîtrise de l’environnement, d’une facilité d’adaptation nécessaire pour transposer les connaissances acquises en fonction des situations. Ce travail peut durer plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Une fois cette maîtrise acquise, l’instructrice en locomotion clôture le dossier du demandeur et remet ses conclusions au directeur technique, pour qu’un chien soit attribué à la personne déficiente visuelle.Le chien guide d'aveugle s'adresse à toute personne non ou malvoyante. Par une simple demande formulée au Centre Paul Corteville, un dossier de candidature est envoyé au domicile de la personne déficiente visuelle. Il convient en effet d'obtenir des renseignements précis relatifs à son environnement, personnel, médical, ORL et ophtalmologique.
Une fois ces paramètres renseignés, un rendez-vous au sein de l’école est proposé au demandeur, pour un stage autour du chien guide.
Ce stage de découverte permet de mieux
cerner les besoins et les motivations de la
personne en demande. Durant deux jours, la
personne déficiente visuelle est accueillie et
hébergée au Centre Paul Corteville. Au cours
de son séjour, elle rencontre un éducateur,
une instructrice en locomotion, une
psychologue, rencontres qui permettront de
personnaliser et d’affiner la demande,
de faire un état des lieux des besoins, et
surtout, d’instaurer un climat de confiance
et d’écoute. Un essai d’un ou plusieurs
chiens au harnais sera également proposé.
A l’issue de ce stage, deux solutions se profilent :
• soit le demandeur doit approfondir sa
technique de locomotion : dans ce cas,
des séances de travail sont planifiées avec
l’instructrice en locomotion avant d’envisager
une remise de chien guide,
• soit le demandeur maîtrise la locomotion et
il reçoit la visite d’un éducateur pour fixer les
modalités de la remise.
Alors, vient le temps de la remise…
Lorsque l’ensemble de l’équipe éducative a défi ni le chien le plus adapté au profil du demandeur, la constitution de l’équipe« maître-chien guide » peut avoir lieu.
Le stage de remise se déroule en deux
parties : une semaine à l’école et une
semaine au domicile de la personne
déficiente visuelle sont nécessaires afin
d’assurer une bonne adaptation au chien et
aux techniques de guidage. Ces durées
peuvent-être variables car les possibilités et
les besoins de chaque personne sont
différents et il convient de s' adapter à
chacune d’entre elles.
L’éducateur doit faire preuve, particulièrement au cours de cette remise, de qualités psychologiques, de patience, d’une bonne connaissance de son «élève chien» et d’adaptation aux capacités de la personne.
Au cours de la première semaine au centre Paul Corteville, le chien est immédiatement confié à son maître, vit avec lui 24 heures sur 24 dans l’espace « vie » réservé de l’école, travaille et se détend, en compagnie permanente de l’éducateur. C’est le moment pour le candidat de découvrir la technique d’utilisation du chien guide, d’apprendre à s’occuper de lui, de le nourrir, de le baigner et de jouer dans un environnement connu par le chien.
La deuxième semaine se déroule dans
l’environnement habituel de la personne
déficiente visuelle : son domicile, son travail, ses
habitudes quotidiennes. L’éducateur met en
place un programme de travail qui permet
au maître d’apprécier le comportement
et le caractère de son chien guide, et au chien
de mettre en pratique tout l’apprentissage
qu’il a reçu. L’éducateur suivra cette équipe
deux, voire trois fois si nécessaire la première
année qui suit la remise et une fois par an les
années suivantes.
L’éducateur reste à la disposition et à l’écoute du maître de chien guide pour toute difficulté qu’il pourrait rencontrer ou pour tout conseil qu’il solliciterait.
En cas de déménagement, le travail d’apprentissage du chien dans le nouveau lieu de vie est assumé par l’éducateur sur simple demande du maître de chien guide. Ainsi, l’éducateur assurera le suivi du chien qu’il a remis pendant toute sa vie de guide. C’est lui qui conseillera le maître pour la mise à la retraite de son chien, quand celui-ci donnera des signes de vieillissement.
En 2008, le Centre Paul Corteville a remis son 1300 ème chien guide depuis sa création. Il se passe actuellement environ 13 mois entre la demande et l’obtention d’un chien guide. Les demandes sont satisfaites en tenant compte bien sûr de la date de demande initiale. Néanmoins, la remise d’un chien dépend de l’aptitude à la locomotion de la personne déficiente visuelle. Les demandes de renouvellement de chiens guides sont assurées en priorité.
Le chien guide est remis gratuitement à son maître, mais reste la propriété du Centre Paul Corteville. Le chien guide est assuré à hauteur de 70% pour la couverture des soins médicaux pendant toute sa vie de guide par l’école de Roncq.
Le Centre Paul Corteville a pour objectif d’offrir des services permettant à des personnes déficientes visuelles d’acquérir et de conserver la meilleure autonomie possible dans les actes de la vie courante.
Si le handicap visuel touche un nombre important de personnes en France, trop peu bénéficient à ce jour de l’aide d’un chien. Notre zone d’influence (14 départements du Nord, du Nord-ouest et du Nord-est), compte aujourd’hui environ 100000 personnes déficientes visuelles (mal voyance légère ou lourde, non voyance), alors que 177 chiens guides sont en activité et ont été remis par l’école de Roncq sur le même périmètre.
Remettre davantage
de chiens éduqués et ainsi satisfaire à la
demande croissante est LA PRIORITÉ du
Centre Paul Corteville, au regard du nombre
de dossiers en attente (une centaine à ce jour
dont 20 nouvelles demandes sur les quatre
derniers mois).
Un objectif de formation de 50 chiens a été défini,
que l’école souhaiterait atteindre à la fin 2011.
Ainsi, une organisation optimisée au sein du
centre et la conception même des nouveaux
locaux contribuent à atteindre ce but.
Parmi les 34 salariés que compte l’école, 25
sont directement dédiés à l’éducation ou
aux soins des chiens. Par équipe
de deux, chaque jour y
compris les week ends,
les animaliers veillent au
bien-être des futurs chiens
guides, les nourrissent, les
soignent, les détendent
dans les nombreux parcs
et s’assurent de la propreté
des lieux.
Les moniteurs et les éducateurs travaillent à l’éducation des chiens. Ils sont répartis en quatre groupes, dirigés chacun par un chef de file. Les groupes ont été renforcés par de nouveaux moniteurs qui préparent les chiens en amont du travail de renforcement et de remise des éducateurs, ce qui permet des attributions plus rapides qu’auparavant.
Du côté des chiens, il est primordial de veiller à leur bien-être et à leur épanouissement ; « un bon chien guide est un chien bien dans sa tête », Outre l'importance accordée aux soins, à la détente et aux jeux, les aménagements des locaux sont optimisés:
2 chiens par box maximum avec une courette extérieure pour quatre chiens
des chenils chauffés par le sol
une salle de bains et de brossage
davantage de parcs de détente et d'agility sur un seul et même site
une infirmerie
un chenil d'isolation
des espaces dédiés aux chiots
Des familles ont été recrutées afin d'accueillir des chiens en éducation uniquement le week-end, de manière à renforcer le confort social et affectif du chien.
Le nouveau Centre Paul Corteville n'est pas qu'une école de chiens guides. II est appelé à devenir un véritable tremplin vers l'autonomie motrice des déficients visuels ; le GPS piéton et la canne électronique sont des nouvelles technologies qui permettront d'offrir encore plus de services aux personnes aveugles ou malvoyantes, en complément ou en alternative du chien guide.
Aujourd'hui, les GPS piétons commencent à être commercialisés. Ils représentent une avancée technologique indéniable pour tous. Ils peuvent surtout apporter un formidable complément au chien guide en emmenant les personnes qui ont perdu la vue sur des parcours inconnus, le chien se chargeant quant à lui, d'assurer la sécurité de la personne qu'il guide.
Mais les produits présents sur le marché ne répondent toutefois pas aux demandes spécifiques des personnes déficientes visuelles que sont par exemple la précision ou encore la commande et la synthèse vocales. Également, cette avancée technologique a un coût. Tous ces accessoires restent très onéreux et ne sont pas à la portée de tous puisque, malgré l'intitulé de la loi pour l'égalité de tous, les aides forfaitaires allouées pour que les personnes déficientes visuelles puissent accéder à ces nouvelles technologies ne sont attribuées qu'avec grande parcimonie.
Aussi, le Centre Paul Corteville travaille sur un produit spécifique
qui rassemblera dans un seul et même téléphone portable,
simple d'utilisation, à la fois un guidage très précis,
une commande vocale, une synthèse vocale, une continuité de guidage
entre l'intérieur et l'extérieur des bâtiments.
Cette continuité de guidage est une grande innovation. Elle anticipe
sur les réflexions engagées par les responsables des services
publics pour améliorer l'accessibilité des personnes handicapées
aux transports, aux zones piétonnes, aux bâtiments publics, et à l'information
numérique, dans le cadre de la loi sur l'égalité des chances
de 2005.
Nul doute que ce petit concentré de technologie, entièrement pilotable à la voix, emmènera le maître de chien guide dans tous les déplacements qu'il entreprendra avec son compagnon à quatre pattes et ce par le chemin le plus court !
En phase de test, l'école souhaiterait le proposer dès 2010.
LA CANNE ÉLECTRONIQUE quant à elle, a l'apparence d'une canne blanche classique, mais elle est surmontée d'un capteur (de la taille d'une télécommande de télévision). Elle ne peut être proposée en complément du chien guide mais en alternative à ce dernier. II s'agit d'un système de mesure de distance par rayon laser. L'information sur les obstacles rencontrés est transmise soit par des sons, soit par des vibrations. Pour une pleine efficacité, la personne doit au préalable bien maîtriser la canne blanche et recevoir une formation complémentaire. La formation par un instructeur de locomotion est la partie délicate de ce dispositif. Les utilisateurs doivent apprendre à interpréter les signaux reçus et à construire des repères. Deux systèmes sont actuellement commercialisés:
le Tom pouce fonctionnant grâce à un rayon infrarouge, d'une portée maximale de 50 cm à 3 mètres
le Télétact II, système laser convertissant les obstacles en notes musicales ou vibrations...
Le centre Paul Corteville compte ainsi proposer ces équipements aux personnes non ou mal voyantes qui le souhaiteraient, soit en attendant le chien guide, soit en alternative de celui-ci.
Si les mentalités autour de l'appréhension du handicap ont évolué, la cécité reste un handicap lourd, difficile à vivre. L'assumer, lutter pour son intégration dans la société, choisir un métier, trouver un emploi, être autonome dans ses déplacements et dans sa vie quotidienne, recueillir toutes les informations nécessaires relatives à son handicap„„,qui oserait dire que ce n'est pas un parcours du combattant et une lutte de tous les instants ?
Aussi, le Centre Paul Corteville souhaite mettre en place une structure multidimensionnelle de prise en charge d'adultes déficients visuels. Ce pôle de cécité regrouperait :
1 UNE OFFRE DE LOCOMOTION
Dans un milieu urbain en constante évolution, aider les personnes déficientes visuelles à retrouver une autonomie piétonne en complément du chien guide, est l'affaire d'un enseignement spécialisé, celui de la locomotion. Une offre très réduite sur le territoire français oblige les personnes aveugles ou malvoyantes à attendre de longs mois pour être formées ce qui retarde d'autant la remise du chien guide
2 UNE AIDE ET UN SOUTIEN PSYCHOLOGIQUE
De même, le centre proposera une écoute et un soutien psychologique pour les personnes déficientes visuelles et leurs proches, afin de les aider à mieux accepter leur handicap, à surmonter les difficultés, à leur ouvrir des perspectives positives, actives et actrices sur l'avenir
3 UNE AIDE À LA VIE JOURNALIÈRE
Rien de plus facile pour les personnes voyantes que les gestes de la vie quotidienne... Faîtes l'expérience en portant un bandeau sur vos yeux, de vous verser de l'eau, de faire votre lit, de manipuler de l'argent, de cuisiner... et comprenez ainsi l'importance pour la personne déficiente visuelle de développer ses compétences dans tous les domaines, de conquérir ou de reconquérir son autonomie... cette offre d'Assistance à la Vie Journalière (AVJ), par des personnels formés et compétents est également à l'étude au sein de notre projet global,
4 UN POINT D'INFORMATIONS SUR LA DÉFICIENCE VISUELLE, SUR LES OFFRES EXISTANTES DE TOUS LES ORGANISMES ET ASSOCIATIONS.
Enfin, bien souvent, les personnes atteintes de cécité ne savent vers quels organismes se tourner pour tel ou tel besoin spécifique ou encore ignorent certains services proposés, par mésinformation. A travers cette nouvelle structure, le centre Paul Corteville souhaite centraliser toutes les informations existantes et ainsi pouvoir répondre à tous les besoins exprimés par la personne déficiente visuelle.
Des services annexes, en fonction des besoins spécifiques de chaque personne, pourront également être proposés.
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CHIENS GUIDES D'AVEUGLES
CENTRE PAUL CORTEVILLE
295 rue de Lille - BP 60088 59435 RONCQ Cedex Tél. : 03 20 68 59 62
Fax : 03 20 68 59 63
Mail: corteville@chien-guide.org
www.chien-guide.org
en 2009 le centre Paul Corteville c'est :
34salariéss, 102 demandes en attente, 59 familles d'accueil, 177 maîtres de chiens guides, 150 Bénévoles
Les antennes :
ANTENNE DE HAUTE MARNE 5, rue Joseph Horn, n°1 Vieux Moulin - 52000 CHAUMONT Tél. : 03.25.02.60.95 - Email : chiens-guides-52@orange.fr
ANTENNE DU PAS DE CALAIS 3112, rue de l'Eclème - 62350 ROBECQ Tél.
: 03.21.52.12.14 - chiens-guides-62@orange.fr
ANTENNE DE HAUTE NORMANDIE 11, résidence du Buisson - 27930 GUICHAINVILLE
Tél. : 02.32.33.15.30 - Email : chiens-guides-27-76@orange.fr
fin du hors série numéro 1